9 septembre 2025 — Nicolas Daüy
Installer un piézomètre à 80 m en Isère : ce que la théorie ne dit pas
Rencontré au salon SIVAL 2025, ce partenaire isérois — l’ADI 38 — nous a sollicités pour l’installation de notre piézomètre connecté sur un forage de 80 m de profondeur. Comme tous nos capteurs, la solution est sans abonnement, low-cost et low-tech. L’équipe FURGO s’est déplacée sur site pour assister à la pose. Et sur le terrain, les choses se passent rarement comme sur le schéma.
Pourquoi surveiller cette nappe
Dans cette zone d’Isère, le réseau hydrographique est complexe : l’eau circule entre plusieurs systèmes de nappes. En région agricole, l’économie d’eau et l’optimisation de l’irrigation sont des enjeux partagés entre collectivités et agriculteurs. L’objectif est de caractériser l’impact des prélèvements sur le niveau de la nappe phréatique et de suivre son évolution dans le temps, pour alimenter les discussions entre les parties.
Ce qu’on imagine depuis le bureau
Installer un piézomètre, sur le papier, c’est simple : dérouler du câble jusqu’à ce que la sonde touche l’eau. Cette idée venait d’une expérience précédente à Arvalis/INRAE, où la nappe était toute proche dans la station de pompage. Le problème de nos schémas : ils ne sont pas à l’échelle. Sur site, on mesure ce que représente un forage de 80 m, avec une eau attendue à 65 m.
La réalité du forage
Premier constat : le tube n’est pas droit. Plus un forage est profond, plus il est difficile de le forer droit. Ensuite, le tube est déjà encombré de câbles, de tuyaux de pompe et de fils enchevêtrés qui obstruent la descente. Résultat : la sonde glisse sur la paroi, se coince le long d’un tuyau, et il devient difficile de savoir quand elle touche réellement l’eau — sans le « plouf » caractéristique qu’on imaginait.

Pour trouver l’eau, une hydrogéologue a utilisé un mètre ruban sonore qui sonne au contact de l’eau. Non sans risque pour le matériel : il est resté coincé une bonne vingtaine de minutes. La profondeur obtenue, même approximative, a permis de placer les marques sur le câble. Le déploiement, c’est ensuite essentiellement du câble à dérouler, en garantissant la mise à l’air sur toute la longueur.


La sonde elle-même est une cellule de pression immergée en inox SS316 (IP68), avec filtre antiparticules et zone aveugle de 1 cm — de 1 à 8 relevés par jour, transmis sans abonnement.

Premières données de la saison
L’analyse des relevés montre un ralentissement des prélèvements autour des 19 et 29 août, puis une remontée et une stabilisation du niveau début septembre. Ces dates correspondent à des épisodes pluvieux, confirmés par les archives d’observations de Météociel.

La suite : des contrôles réguliers avec l’hydrogéologue pour vérifier que la lecture ne dérive pas (déformation de la membrane), un ré-étalonnage si nécessaire, et un retour d’expérience pour améliorer le produit. Les détails du capteur sont sur la fiche du piézomètre de suivi de nappe.
Pour aller plus loin : Sonde capacitive sans abonnement — la page complète avec le matériel, les prix et les cas réels.